Le temps des preuves
L'épreuve, le vrai et le faux
Le moment où l'expérience devient l'arbitre, et où ceux qui imitent la science sans la subir se donnent en spectacle, de Mesmer aux tracteurs de métal.
↓ la médecine reconnue, puis les pratiques non reconnues
1543
Vésale corrige Galien par la dissection, regarder soi-même vaut mieux que citer les anciens.
1628
Harvey démontre la circulation du sang par le calcul et l'expérience.
1747
James Lind sépare des marins scorbutiques en groupes et isole l'effet des agrumes, souvent tenu pour l'un des premiers essais cliniques comparatifs.
1784
Une commission royale, Franklin et Lavoisier, réfute le magnétisme de Mesmer, la preuve peut désormais détruire une médecine parallèle.
1796
Jenner établit la vaccination contre la variole.
1799
John Haygarth démonte les tracteurs de Perkins avec de faux tracteurs, l'un des premiers tests de l'effet placebo.
1854
Snow relie le choléra à une pompe d'eau, acte fondateur de l'épidémiologie.
On ne croit plus, on établit. Et la même règle qui ajoute du vrai retire du faux.
Le magnétisme animal, un fluide universel qui guérirait par les mains
Mesmer soutient qu'un fluide magnétique traverse tous les corps et que le praticien le canalise. Les séances autour d'un baquet remplissent les salons de Paris dans les années 1780.
Source : Franz-Anton Mesmer, Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, 1779.
aujourd'hui Le soin énergétique et le magnétiseur reprennent le fluide invisible qui passe par la main.
L'homéopathie, un système à lois et à dilutions
Hahnemann érige en loi le semblable guérit le semblable, et dilue les substances jusqu'à leur disparition en leur prêtant d'autant plus de force. L'Organon donne au procédé l'allure d'une science.
Source : Samuel Hahnemann, Organon de l'art de guérir, 1810.
aujourd'hui Les méthodes à lois et à protocoles qui empruntent la rigueur d'un système sans en avoir la preuve.
La phrénologie, lire le caractère sur les bosses du crâne
Gall soutient que les facultés mentales logent en organes du cerveau, dont le développement se lirait au relief du crâne. On cartographie la tête comme un atlas.
Source : Franz Joseph Gall, début du XIXe siècle.
aujourd'hui Les grilles qui prétendent lire la santé sur un signe extérieur, morphopsychologie, iridologie.
Les tracteurs de Perkins, des tiges de métal qui soutireraient le mal
Elisha Perkins vend des tiges métalliques, brevetées en 1796, censées extraire la maladie du corps par leur métal. L'appareil fait la preuve à la place du remède.
Source : brevet Perkins, 1796 ; réfutation de John Haygarth, 1799.
aujourd'hui Les appareils de médecine quantique qui affichent des mesures et promettent de détecter ou rééquilibrer.
La cure d'eau de Priessnitz, l'ancêtre revendiqué de la naturopathie
Vincent Priessnitz bâtit à Gräfenberg, dans les années 1820, une cure fondée sur l'eau froide, les enveloppements et l'hygiène de vie, qui inspirera la naturopathie.
Source : Vincent Priessnitz, Gräfenberg, années 1820.
aujourd'hui La naturopathie contemporaine, qui revendique cette filiation hygiéniste.
L'âge de la preuve est le berceau de la pseudo-science comme forme commerciale. Emprunter le vocabulaire de la science pour vendre sans la preuve naît ici, à l'instant où la science devient assez forte pour qu'on ait intérêt à l'imiter.
Mesmer est dans les deux champs, son fluide dans cette galerie, sa réfutation en 1784, en tête de page, dans la médecine reconnue.