Le temps des fausses croyances
L'imaginaire des pratiques
Ce qu'on croyait faire au corps quand aucune preuve n'existait. Une zone d'apparence vide, en réalité un puits d'histoire, des démons aux humeurs.
↓ la médecine reconnue, puis les pratiques non reconnues
Ve s. av. J.-C.
Hippocrate détache la médecine des dieux et fonde l'observation du malade.
IIe siècle
Galien systématise le savoir antique, avec une autorité telle que sa doctrine, pourtant fausse, régnera quinze siècles.
vers 1025
Le Canon d'Avicenne devient la référence des facultés européennes, transmis par les livres.
à partir de 1377
La quarantaine, premier geste de santé publique qui a duré.
C'est tout, et c'est daté. On ne mesure pas l'ignorance, on mesure le savoir, et l'ignorance est ce qui reste.
La saignée, le déséquilibre des humeurs érigé en science
La maladie viendrait d'un déséquilibre entre quatre humeurs, on rétablit l'ordre en retirant du sang. Posée par Hippocrate, systématisée par Galien, la doctrine régnera près de deux mille ans.
Source : corpus hippocratique ; Galien, IIe siècle.
aujourd'hui La détox et le drainage rejouent l'idée de purifier le corps, sans que le mot détox ait de définition médicale.
La médecine astrale, saigner selon les étoiles
Le corps serait gouverné par le zodiaque, chaque signe régissant un organe. On choisit le moment d'une saignée d'après le ciel.
Source : traités et calendriers de saignée médiévaux.
aujourd'hui Les cures calées sur les phases de la lune, les biorythmes.
Le toucher royal, guérir les écrouelles d'un geste de roi
Le roi, oint de Dieu, guérirait la scrofule, dite écrouelles, en touchant les malades. France et Angleterre le pratiquent du Moyen Âge au XVIIIe siècle.
Source : Marc Bloch, Les Rois thaumaturges, 1924.
aujourd'hui L'imposition des mains, le soin énergétique, le magnétiseur qui guérit par contact.
La folie comme possession, l'exorcisme et la pierre de folie
Le trouble de l'esprit serait l'oeuvre d'un démon, ou d'une pierre dans la tête. On exorcise l'un, on prétend extraire l'autre.
Source : Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, 1961.
aujourd'hui L'idée que toute maladie cacherait un conflit intérieur à dénouer prolonge ce schéma d'une cause invisible.
La peste, châtiment du ciel, flagellants et amulettes
L'épidémie serait une punition divine ou un air corrompu. On expie en processions de flagellants, on porte des amulettes. La médecine savante est aussi démunie que les guérisseurs.
Source : chroniques de la peste noire, 1347 à 1352.
aujourd'hui Les produits miracles vendus au plus fort des grandes peurs sanitaires, que la MIVILUDES documente encore.
La trépanation, percer le crâne pour libérer l'esprit
Ouvrir la boîte crânienne laisserait s'échapper l'esprit ou la douleur. Des crânes percés puis cicatrisés montrent que certains survivaient, dès le Néolithique.
Source : paléopathologie, crânes trépanés néolithiques.
aujourd'hui Le vocabulaire de la libération, débloquer, ouvrir, laisser circuler.
Le sacrifice, offrir une vie pour détourner le mal
Au plus profond, l'idée que le malheur d'un corps se rachète par une offrande faite aux puissances. Rites propitiatoires et de fondation, attestés sur tous les continents.
Source : anthropologie et archéologie des religions.
aujourd'hui Le troc demeure, adouci, quand on promet qu'un renoncement suffira à écarter le mal.
Remonté à la surface, on a vu les pratiques non reconnues de l'époque en entier. Rien n'y a été inventé, tout est daté. Et rien n'a disparu, car c'est le vendeur d'aujourd'hui qui invoque cet autrefois.
Et la médecine reconnue de cette même époque ? Elle tient en quatre lignes, en tête de page.