← Toutes les pratiques

Le naturopathe

Jeûne

Temps de la science · 1920

Se priver de nourriture plusieurs jours pour reposer et régénérer l'organisme

Le jeûne thérapeutique, codifié dans les années 1920 par le médecin allemand Otto Buchinger, n'a pas d'efficacité démontrée selon l'expertise de l'Inserm de 2014, faute d'études assez nombreuses et rigoureuses.

Origine
Otto Buchinger, médecin, Allemagne, 1920
Principe
Selon ses praticiens, quelques jours sans nourriture solide, avec eau, tisanes, jus et bouillons, permettent au corps de se régénérer
Résultats des essais
Études trop peu nombreuses et de qualité insuffisante pour conclure, selon l'Inserm en 2014
Risques
Peu dangereux sous surveillance médicale selon l'Inserm ; chez les malades du cancer, aggravation de la perte de poids et de la fonte musculaire
Statut en France
Activité libre ; séjours encadrés par des accompagnateurs non soignants
Prix d'un séjour
Environ 800 € la semaine en centre labellisé, selon la Fédération francophone de jeûne et randonnée (2026)
Remboursement
Aucun par l'Assurance maladie
Formation
Accompagnateur de la fédération : près de 8 000 € en 2026 hors hébergement, dont quatre semaines de jeûne personnel

L'Inserm n'a trouvé en 2014 aucune preuve suffisante pour recommander le jeûne contre une maladie

Pour la polyarthrite rhumatoïde, l'Inserm relève un essai favorable, mais des études comparatives ne trouvent pas le jeûne supérieur au régime méditerranéen.

Lire le détail

En 2014, une équipe de l'Inserm, dont le psychiatre Bruno Falissard, a évalué le jeûne à visée préventive ou thérapeutique. Elle conclut que les études sont peu nombreuses et de qualité souvent insuffisante, notamment parce qu'un jeûne ne peut pas être testé en aveugle.

Elle note qu'en France, contrairement à d'autres pays d'Europe, le jeûne n'est pas proposé dans un cadre médicalisé, et que s'il semble globalement peu dangereux sous surveillance médicale, des risques réels existent hors de ce cadre. En 2020, Bruno Falissard jugeait qu'il n'y avait « pas grand-chose de neuf » : le jeûne améliore transitoirement certaines constantes biologiques, sans effet démontré sur la maladie et la mortalité.

Pour maigrir, le jeûne intermittent n'a pas fait mieux qu'une simple réduction des calories

Deux essais d'un an, en 2017 et en 2022, aboutissent au même résultat.

Lire le détail

Aux États-Unis, en 2017, 100 adultes obèses ont soit jeûné un jour sur deux, avec un quart de leurs besoins les jours de jeûne, soit réduit chaque jour leurs apports d'un quart : la perte de poids a été comparable.

En Chine, en 2022, 139 patients obèses soumis à la même restriction calorique ont perdu autant de poids, qu'ils mangent sur huit heures par jour ou sans horaire imposé.

Le jeûne thérapeutique est né de la maladie de son fondateur

Réformé en 1917 pour un rhumatisme grave, le médecin Otto Buchinger se rétablit après un jeûne de 19 jours, selon le récit transmis par ses successeurs.

Lire le détail

Otto Buchinger (1878-1966), médecin de la marine allemande, quitte le service en 1917, atteint d'un rhumatisme articulaire grave. Un jeûne de 19 jours, encadré par un confrère, le rétablit selon le récit transmis par ses successeurs.

Il ouvre en 1920 une clinique de jeûne à Witzenhausen, publie en 1935 Das Heilfasten (« le jeûne thérapeutique ») et s'installe la même année à Bad Pyrmont. Sa guérison reste un cas unique, rapporté par l'intéressé et ses héritiers.

Les séjours de jeûne et randonnée s'interdisent tout vocabulaire de soin

La charte de la principale fédération réserve ses séjours aux adultes en bonne santé et interdit de promettre la guérison d'une maladie.

Lire le détail

La Fédération francophone de jeûne et randonnée, fondée en 1990, labellise des séjours d'une semaine au plus sur le modèle Buchinger : eau, tisanes, bouillons et jus dilués, avec de la marche. Sa charte réserve ces séjours aux adultes en bonne santé, interdit les mots « soigner » ou « thérapeutique », et oblige à préciser que l'accompagnateur est un professionnel non soignant.

En 2024, la Miviludes a transmis 45 signalements au parquet, visant fréquemment des pseudothérapeutes sans diplôme reconnu par l'État, dont certains prônent un régime alimentaire draconien.

Devenir accompagnateur de jeûne coûte près de 8 000 €

La formation de la fédération compte 24 jours de cours, plus quatre semaines de jeûne personnel facturées par les centres.

Lire le détail

En 2026, la fédération facture 3 240 € la formation théorique de 24 jours, 950 € la formation pratique et 405 € la formation d'animateur de randonnée, hébergement en sus. S'y ajoutent quatre semaines de jeûne dans ses centres, environ 800 € chacune, et le brevet de premiers secours.

Un centre qui veut le label paie 500 € de droits d'entrée et une cotisation à partir de 1 000 €. La fédération précise qu'elle ne garantit ni la réussite de l'entreprise ni le remplissage des séjours.

Sources

Chaque référence se retrouve en ligne par son titre.

Études et textes officiels

  • Gueguen J., Dufaure I., Barry C., Falissard B., Évaluation de l'efficacité de la pratique du jeûne comme pratique à visée préventive ou thérapeutique, Inserm, 2014
  • Inserm, Canal Détox, « Jeûner pour lutter contre le cancer, vraiment ? »
  • Trepanowski J. F. et coll., JAMA Internal Medicine, 2017
  • Liu D. et coll., New England Journal of Medicine, 2022
  • Miviludes, Rapport d'activité 2022-2024, 2025

Autres sources

  • Le Quotidien du médecin, « Le jeûne peine à faire ses preuves », 2020
  • Buchinger Wilhelmi, dossier de presse
  • National Health Association, « Dr. Otto Buchinger »
  • Fédération francophone de jeûne et randonnée, charte et présentation de la formation 2026-2027
  • franceinfo, rapport de la Miviludes, avril 2025

Une erreur, une source qui complète cette fiche : la signaler.